Tôt le matin, qu’importe le matin, nous nous mettons en route, avec le moins possible de bagages, et partons à la découverte du monde.
© Trey Ratcliff

Laissez-vous inspirer par ce poème de Thomas A. Clark puis prenez un peu de temps pour aller vous promener et observer ce qui vous entoure. Sortez au grand air, faites des observations... et pensez comme un scientifique !
 

“In Praise of Walking” (Ode à la marche)

Tôt le matin, qu’importe le matin, nous nous mettons en route, avec le moins possible de bagages, et partons à la découverte du monde.

Rien de plus simple que de refuser toute coercition, toute violence, toute propriété, toute trivialité, et de décider simplement de partir.

Que quelque chose puisse exister en dehors de nous-mêmes et de nos préoccupations, tout proche, presque à portée de doigts, c’est là notre plus grande bénédiction.

Marcher est, pour l’homme, le moyen de se déplacer.

Toujours, partout, les gens ont marché, sillonné la terre de leurs pas, visibles et invisibles, symétriques et sinueux.

Il y a des marches que nous faisons en suivant les pas d’autrui, et d’autres dans lesquelles nous nous lançons entièrement par nous-mêmes.

Un voyage implique une destination, tant de kilomètres à parcourir, alors qu’une marche a sa propre mesure, complète à chaque point de l’itinéraire.

Il y a des choses que nous ne verrons jamais, à moins de décider de les approcher en marchant.

Marcher est la forme mobile de l’attente.

Ce que j’emporte avec moi, ce que je laisse derrière moi, comptent moins que ce je découvre le long du chemin.

Être totalement perdu a du bon lors d’une marche.
 

Ce que j’emporte avec moi, ce que je laisse derrière moi, comptent moins que ce je découvre le long du chemin.
 

Les endroits les plus distants semblent les plus accessibles une fois qu’on est en route.

Convictions, directions, opinions, revêtent moins d’importance que de bonnes chaussures.

Durant la marche, nous découvrirons généralement quelque chose sur notre compagnon et cela vaut aussi lorsque nous voyageons seuls.

Lorsque je passe une journée à parler, je suis épuisé ; lorsque je passe une journée à marcher, je suis agréablement las.

La cadence de la marche déterminera le nombre et la variété des choses rencontrées, depuis les contours d’une chaîne de montagnes jusqu’au nid de la mésange dans la mousse, et la qualité de l’attention que nous voudrons bien leur accorder.

Un affleurement rocheux, une haie, un arbre déraciné, toute chose qui nous écarte de notre chemin est une excellente chose.

Le mauvais tournant, le chemin rebroussé, les pauses et les digressions, autant de choses qui contribuent au déplacement d’un intérêt personnel persistant.

Toute chose que nous rencontrons revêt la même importance et la même futilité.

Les endroits les plus seuls sont les plus idylliques.

Marcher est une activité égalitaire, démocratique ; personne ne devient un expert de la marche et ce côté de la route est aussi bon que l’autre.
 

Qu’il tonne, qu’il pleuve, qu’il grêle, une fois que nous y survivons, nous semblons faire nôtre un peu de la solidité des rocs et des arbres.
 

Marcher n’est pas tant romantique que raisonnable.

Le tracé d’une marche s’exprime de lui-même, c’est une sorte de déclaration.

Les mares, les murs, les arbres solitaires sont des lieux de halte naturels.

Nous perdons l’odeur de la marche si cela devient trop rare ou trop extraordinaire, si cela se transforme en expédition ; cela devrait être une activité ordinaire, banale, une chose que l’on fait, rien de plus.

Une marche quotidienne, par tous les temps, en toute saison, devient une sorte de terrain ou de continuum sur lequel s’impriment clairement les événements les moins solennels.

Un bâton de frêne ou d’épinette, à force d’usage, épousera la main qui viendra l’encercler.

Parmi les multiples façons de traverser un paysage, nous ne pouvons en choisir qu’une, et le projet de marche se devra de rester réactif, à l’écoute des conséquences du choix effectué, plus pour confirmer l’itinéraire choisi que pour refuser les autres.

On continue le long du chemin, non par goût de l’effort mais par fidélité.

Qu’il tonne, qu’il pleuve, qu’il grêle, une fois que nous y survivons, nous semblons faire nôtre un peu de la solidité des rocs et des arbres.

Un jour, de l’aube au crépuscule, là est la durée naturelle d’une marche.

Même ennuyeuse, une marche n’est pas sans valeur pour autant.

Marcher pendant des heures par une nuit de pleine lune est l’expérience la plus riche qui nous soit donné de vivre.

Pour bien comprendre un paysage, l’information doit provenir d’une bonne intelligence issue de tous les sens.

Observer, chanter, se reposer, respirer, autant d’activités qui complètent la marche.
 

Quoi de mieux que d’être dehors, de marcher au grand air ?
 

Grimpe la colline et l’horizon devient plus large ; descends le raidillon, et les collines semblent se resserrer autour de toi.

Nous pouvons marcher pour prendre l’air : l’air vivifiant des sommets ; l’air épicé d’une forêt de pins, l’air plantureux d’une terre labourée.

Nous pouvons marcher entre deux lieux et, ce faisant, établir un lien entre l’un et l’autre, leur apporter de la chaleur, comme on présenterait deux amis.

Et puis, il y a les marches où je me perds moi-même, les marches qui m’aident à me retrouver.

Quoi de mieux que d’être dehors, de marcher au grand air ?
 

Thomas A. Clark

 

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